top of page

Partie 2: Grossesse, sexualité, désir, transmission et parcours de PMA

  • Photo du rédacteur: Marion Escoffier
    Marion Escoffier
  • 11 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 janv.



La grossesse est souvent entourée d’un imaginaire puissant : celui de l’épanouissement, de la plénitude, de l’évidence maternelle. Pourtant, dans la réalité clinique, elle est avant tout un passage, parfois doux, parfois éprouvant, toujours transformant. Un temps où le corps, le psychisme, la sexualité et l’histoire familiale se réorganisent simultanément.


Dans ma pratique de psychopraticienne et sexothérapeute, je rencontre des femmes pour qui la grossesse n’est pas seulement la venue d’un enfant, mais un moment de grande vulnérabilité. Non par manque de désir, mais parce que ce passage vient toucher des zones profondes, parfois anciennes, parfois héritées.




Un corps qui change, parfois plus vite que le psychisme


La grossesse transforme le corps de manière rapide et visible. Le ventre s’arrondit, les sensations se modifient, les repères corporels se déplacent. Pour certaines femmes, ces changements sont vécus comme une expansion, une puissance. Pour d’autres, comme une perte de contrôle, une étrangeté, voire une intrusion.


Il est fréquent que le psychisme n’aille pas au même rythme que le corps. La femme peut savoir qu’elle est enceinte sans encore le ressentir pleinement. Ce décalage est normal, mais rarement nommé. Beaucoup de femmes minimisent ce qu’elles traversent, alors même que quelque chose se réorganise profondément à l’intérieur.



Les croyances sociétales autour de la grossesse : l’injonction au bonheur


La grossesse est fortement investie par des croyances sociétales tenaces. L’une des plus répandues est cette phrase, souvent prononcée avec de bonnes intentions : « Tu n’es pas malade, tu es enceinte ». Comme si le fait de porter la vie annulait d’emblée toute possibilité de malaise, de fatigue, de doute ou de souffrance.


À travers cette injonction, beaucoup de femmes comprennent implicitement qu’elles n’ont pas le droit de se plaindre, ni même d’exprimer un inconfort. La grossesse devrait être vécue comme un état naturellement heureux, presque obligatoire dans sa positivité. Dire que c’est difficile devient alors culpabilisant.


Cette croyance pousse de nombreuses femmes à minimiser ce qu’elles ressentent : nausées envahissantes, douleurs, fatigue extrême, anxiété, tristesse, sentiment d’isolement. Le corps est sommé de bien vivre ce que le psychisme peine parfois à intégrer.


Dans la pratique clinique, cette injonction au bonheur est lourde de conséquences. Elle empêche la mise en mots du mal-être et retarde souvent la demande d’aide. Or, reconnaître qu’une grossesse peut être éprouvante n’enlève rien à l’amour porté à l’enfant à venir. Cela permet simplement à la femme d’exister pleinement dans ce qu’elle traverse.


Déconstruire ces croyances est un acte thérapeutique et préventif majeur. Autoriser une femme enceinte à dire « ce n’est pas facile », c’est déjà la soutenir.


Ces injonctions ne naissent pas de nulle part. Elles s’inscrivent dans une transmission transgénérationnelle où, pendant longtemps, les femmes n’avaient ni l’espace ni le droit d’exprimer leur vécu corporel ou émotionnel. Les grossesses se vivaient dans le silence, parfois dans la souffrance, souvent dans l’isolement. « Il fallait tenir », « faire avec », « ne pas se plaindre ».


Ces héritages, même lorsqu’ils ne sont plus consciemment partagés, continuent de circuler. Ils s’inscrivent dans les corps, dans les attitudes, dans les phrases toutes faites. La femme enceinte d’aujourd’hui peut alors porter, sans le savoir, le poids de générations de femmes qui n’ont jamais pu dire leur fatigue, leur peur ou leur ambivalence.


Mettre en lumière cette dimension transgénérationnelle permet de déplacer la culpabilité. Ce que vit une femme pendant sa grossesse ne relève pas d’une faiblesse personnelle, mais s’inscrit dans une histoire plus large. En mettant des mots sur ces transmissions, il devient possible de s’en dégager partiellement et d’ouvrir un espace plus libre pour soi — et pour l’enfant à venir.



Grossesse et sexualité : un espace encore trop silencieux


La sexualité pendant la grossesse reste un sujet entouré de nombreux tabous. Le désir peut augmenter, diminuer, se transformer ou disparaître temporairement. Certaines femmes ne se reconnaissent plus dans leur corps sexuel ; d’autres se sentent au contraire très exposées, voire hypersexualisées.


Les peurs sont fréquentes : peur de faire mal au bébé, peur d’être envahie, peur de ne plus être désirable ou de ne plus reconnaître son propre corps. Dans de nombreux couples, ces questions restent tues, laissant place à des malentendus ou à un éloignement progressif.


Dans une approche sexothérapeutique, il est essentiel de rappeler qu’il n’existe pas de norme. La sexualité peut évoluer, se suspendre, se réinventer. Le problème n’est jamais l’absence de désir en soi, mais l’impossibilité d’en parler sans culpabilité.



Ce que la grossesse réactive de l’histoire personnelle


Être enceinte, c’est souvent redevenir fille. La grossesse réactive la relation à sa propre mère, à ce que l’on a reçu, à ce qui a manqué, à ce que l’on souhaite transmettre ou réparer.


Des émotions intenses peuvent émerger : ambivalence, tristesse, anxiété, parfois même rejet du corps ou de la grossesse elle-même. Ces vécus ne sont pas des signes d’incompétence maternelle, mais l’expression d’une histoire qui se réveille.


Grossesse et transmission transgénérationnelle


La grossesse est un moment clé de la transmission de femme à femme. Les histoires de grossesses passées, de fausses couches, d’IVG, d’accouchements traumatiques, de deuils périnataux ou d’enfants non désirés circulent souvent de manière implicite.


Lorsque ces récits restent silencieux, le corps de la femme enceinte peut devenir le lieu d’expression de ces mémoires : peurs diffuses, tensions corporelles, angoisses inexpliquées. Mettre des mots sur ces héritages permet de ne pas les porter seule et d’alléger ce qui se transmettra.



Les parcours de PMA : quand le désir d’enfant passe par l’épreuve


Les parcours de PMA constituent une expérience profondément corporelle, psychique et intime. Le corps devient un corps médicalisé : observé, mesuré, stimulé, parfois malmené. Le désir d’enfant se mêle à l’attente, à l’espoir, à la déception, à la peur de l’échec.


La sexualité du couple est souvent impactée. Elle peut devenir fonctionnelle, programmée, déconnectée du plaisir et du désir spontané. Certaines femmes décrivent une sensation de dépossession de leur corps, comme si celui-ci ne leur appartenait plus tout à fait.


Même lorsque la grossesse advient, le vécu de la PMA ne s’efface pas. Il peut persister une difficulté à se projeter, une peur de perdre l’enfant, une hypervigilance corporelle. La grossesse n’est alors pas seulement une réparation, mais un nouveau passage à accompagner.


Un accompagnement psychothérapeutique et sexothérapeutique permet de redonner une place au ressenti, à l’intime, au désir, au-delà du protocole médical.



Désir et sexualité après l’accouchement : quand les femmes consultent


Après la naissance, de nombreuses femmes consultent pour des difficultés de désir, sans toujours oser les nommer clairement. Elles peuvent dire : « Je n’ai plus envie », « Je ne reconnais plus mon corps », « Je me sens mère mais plus femme ».


Le post-partum est une période de bouleversements majeurs : fatigue intense, charge mentale, transformations corporelles, parfois vécu traumatique de l’accouchement. Le corps peut être vécu comme fonctionnel, au service du bébé, laissant peu de place au plaisir ou au désir.


Certaines femmes portent aussi une culpabilité profonde : celle de ne pas correspondre à l’image attendue d’une femme désireuse, disponible, rapidement « remise ». D’autres se sentent coupées de leurs sensations corporelles, voire en retrait de toute forme de sexualité.


Ces consultations ne sont pas le signe d’un dysfonctionnement, mais d’un besoin d’accompagnement pour retrouver une continuité entre le corps maternel et le corps sexuel.


Ce que cette traversée ouvre dans la relation à l’enfant


La manière dont une femme est accompagnée ou non pendant la grossesse influence profondément le lien qu’elle tissera avec son enfant. Lorsqu’une femme a la possibilité d’être entendue dans ce qu’elle vit, sans injonction ni minimisation, elle développe souvent une relation plus ajustée à elle-même, à son corps et à ses ressentis.


Ce rapport à soi devient un socle dans la relation à l’enfant à venir. Une mère qui a pu reconnaître ses limites, sa fatigue, ses ambivalences, est souvent plus à même d’accueillir celles de son enfant. Elle transmet alors, parfois sans mots, l’idée que les émotions ont une place, qu’elles peuvent être entendues et traversées.


À l’inverse, lorsque la grossesse est vécue sous le poids du silence ou de l’obligation d’aller bien, le lien peut se construire sur une forme d’effacement de soi. Mettre des mots pendant cette période permet de poser les bases d’une relation où chacun; mère comme enfant; peut exister pleinement.





En conclusion, la grossesse n’est pas uniquement la venue d’un enfant. C’est une transformation profonde du corps, du désir et de l’histoire.

Pouvoir être accompagnée dans ce passage, sans jugement ni injonction, permet de traverser cette période avec plus de douceur, de conscience et de liberté.


Article rédigé par Marion Escoffier-Moreau

Commentaires


Formulaire d'abonnement

Merci pour votre envoi !

©2020 par Cabinet de Psychothérapie. Créé avec Wix.com

bottom of page