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Partie 3 Péri ménopause, ménopause : quand le corps change, que devient la femme ?

  • Photo du rédacteur: Marion Escoffier
    Marion Escoffier
  • il y a 7 jours
  • 7 min de lecture

Il y a des périodes dans la vie où quelque chose se transforme silencieusement.


Pas seulement dans le corps.


Dans le regard sur soi. Dans le rapport au désir. Dans le couple. Dans la manière d’habiter sa féminité.


La péri ménopause et la ménopause font partie de ces passages profonds que beaucoup de femmes traversent avec une grande solitude intérieure.

Certaines arrivent en consultation en disant :

« Je ne me reconnais plus. »

D’autres disent :

« Je suis devenue irritable. »« Je n’ai plus envie. »« Je me sens coupable. »« Mon compagnon ne comprend pas. »« J’aimerais retrouver la femme que j’étais avant. »

Et souvent, derrière ces mots, il y a une fatigue immense.

Une fatigue physique, émotionnelle, parfois relationnelle.

Comme si le corps demandait enfin qu’on l’écoute autrement.


Ce passage dont on parle encore si peu


Avant même l’arrêt des règles, beaucoup de femmes sentent que quelque chose commence à bouger en elles.

Le corps devient moins prévisible. Le sommeil change. Les émotions deviennent plus sensibles. Certaines ressentent des bouffées de chaleur, d’autres une agitation intérieure difficile à nommer. Parfois le désir se modifie, parfois c’est l’énergie qui manque, parfois c’est le corps lui-même qui semble devenu étranger.


Pourtant, malgré ce bouleversement, beaucoup continuent à avancer comme si de rien n’était.

Elles travaillent. Elles s’occupent des autres. Elles tiennent leur quotidien. Elles sourient parfois.

Mais intérieurement, quelque chose vacille.

Beaucoup de femmes traversent cette période avec l’impression qu’elles devraient “gérer”.

Comme si souffrir en silence faisait partie du rôle attendu.


Certaines culpabilisent de ne plus avoir la même patience. D’autres culpabilisent de ne plus avoir envie sexuellement. Certaines se sentent coupables de ne plus être aussi disponibles émotionnellement. Et beaucoup portent une honte discrète autour de leur corps qui change.

Cette culpabilité est profondément présente dans les consultations.

Comme si la femme se reprochait de ne plus réussir à être tout ce qu’elle a longtemps essayé d’être :

désirable, disponible, douce, performante, vivante sexuellement, rassurante pour les autres.

Mais aucun corps ne peut traverser une transformation profonde sans demander du temps, de l’écoute et de la considération.


De la puberté à la ménopause : un autre commencement


La puberté est souvent pensée comme un début.

Le début du corps sexué. Le début des règles.Le début possible de la fécondité.Le début du regard porté sur le corps féminin.


Plus tard, pour certaines femmes, la grossesse ou la maternité peuvent être associées à la puissance de donner la vie, de porter, de transmettre.


La ménopause, elle, est encore trop souvent représentée comme une fin.


Fin des règles. Fin de la fertilité. Fin d’un certain corps.Fin d’une jeunesse.

Parfois même, dans l’imaginaire intime, fin de la désirabilité.

C’est peut-être pour cela qu’elle peut être vécue douloureusement, presque comme une petite mort symbolique.

Non pas parce que la femme disparaît, mais parce qu’une partie de ce qui l’a longtemps définie — biologiquement, socialement ou intérieurement — se transforme.

Ce vécu mérite d’être entendu avec beaucoup de respect.

Car derrière la ménopause, il peut y avoir la peur du vieillissement. La peur de ne plus être regardée. La peur de se rapprocher d’une fin. La peur de perdre sa place dans le désir de l’autre ou dans sa propre image de femme.


Mais si la ménopause marque bien la fin d’un cycle, elle n’est pas la fin de la femme.

Elle peut aussi être pensée comme un seuil.

Un passage.

Une continuité autrement habitée.


La puberté ouvre un premier chapitre du corps féminin.

La ménopause en ouvre un autre.


Un chapitre où la femme n’est plus définie par sa capacité à enfanter, à répondre aux attentes, à rester jeune ou à correspondre à une image idéalisée d’elle-même.

Un chapitre où peut émerger une autre manière d’être vivante, désirante, sensible, libre.


Ce n’est pas revenir en arrière.

Ce n’est pas redevenir celle d’avant.

C’est peut-être commencer à habiter son corps autrement.

Et parfois, ce commencement-là est plus intime, plus conscient, plus vrai.


Quand la sexualité change, beaucoup de femmes pensent qu’elles ont "un problème"


Certaines femmes sentent que leur corps ne répond plus comme avant.


Le désir devient plus discret. L’excitation demande davantage de temps. Le besoin de tendresse devient plus important. Parfois les rapports deviennent inconfortables, voire douloureux.

Et très vite apparaît cette inquiétude silencieuse :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »


Beaucoup de femmes pensent qu’elles devraient continuer à fonctionner “comme avant”.


Alors elles se forcent parfois. Elles anticipent les attentes de l’autre. Elles font passer leur inconfort au second plan. Elles culpabilisent de dire non.Ou culpabilisent de ne plus ressentir spontanément le désir.

Certaines finissent même par éviter toute intimité.

Non pas parce qu’elles ne veulent plus de lien, mais parce qu’elles ont peur de décevoir, peur de devoir expliquer, peur de ne pas réussir à être “comme il faut”.


Or, le désir féminin n’est pas une mécanique que l’on active sur commande.

Le désir a besoin de sécurité intérieure. De disponibilité émotionnelle. De douceur parfois. De temps. D’un sentiment de connexion à soi et à l’autre.


Et lorsqu’une femme traverse une transformation corporelle et psychique importante, il est naturel que sa sexualité cherche un nouvel équilibre.

Cela ne signifie pas que le désir disparaît.

Cela signifie souvent qu’il change de langage.


Derrière les symptômes, il y a souvent une histoire émotionnelle


En sexothérapie analytique, le symptôme n’est jamais réduit à un simple dysfonctionnement.


Le corps parle souvent là où les mots ont longtemps été retenus.


Certaines femmes découvrent à cette période qu’elles ont passé des années à s’adapter aux besoins des autres sans réellement écouter les leurs.

D’autres réalisent qu’elles ont vécu leur sexualité dans la retenue, dans la conformité ou dans une forme d’obligation silencieuse.

La péri ménopause et la ménopause viennent parfois faire tomber certains équilibres anciens.

Le corps dit :


« Je ne peux plus continuer comme avant. »


Et cela peut être profondément déstabilisant.

Parce qu’au-delà des symptômes physiques, cette période vient souvent toucher :

  • l’image de soi,

  • le rapport au vieillissement,

  • la peur de ne plus être désirée,

  • la place dans le couple,

  • le sentiment de féminité,

  • la peur d’être “trop” ou “pas assez”.


Certaines femmes vivent également un deuil difficile à nommer : celui de leur corps d’avant, de leur spontanéité, ou parfois d’une certaine illusion de maîtrise.


Dans le couple, beaucoup de malentendus peuvent apparaître


Cette période ne touche pas seulement la femme.

Elle vient aussi transformer la dynamique du couple.


Beaucoup de partenaires se sentent perdus face à ces changements qu’ils ne comprennent pas toujours.

Certains vivent la baisse du désir comme un rejet personnel. D’autres n’osent plus approcher par peur de mal faire. Certains deviennent maladroits, insistants ou silencieux.

Et la femme, de son côté, peut se sentir incomprise, seule, sous pression ou coupable.

Coupable de ne plus répondre comme avant. Coupable de créer de la frustration. Coupable de changer.

Alors que bien souvent, ce dont elle aurait besoin, c’est d’être rejointe émotionnellement.


Pouvoir entendre :


« Je ne comprends peut-être pas totalement ce que tu traverses, mais je veux essayer d’être là avec toi. »


Cette phrase peut déjà transformer quelque chose dans la relation.

Car à cette période de vie, la sexualité demande souvent moins de performance et davantage de présence.

Moins d’automatismes. Plus d’écoute. Moins d’attentes implicites. Plus de dialogue autour du corps, du rythme, du toucher, du désir réel.


L’alliance thérapeutique : un lieu où la femme n’a plus besoin de faire semblant


Dans mon approche, l’alliance thérapeutique occupe une place essentielle.

Beaucoup de femmes arrivent en consultation après avoir longtemps minimisé ce qu’elles ressentaient.

Certaines n’ont jamais réellement parlé de leur sexualité. D’autres ont appris à taire leur inconfort, leurs douleurs, leurs frustrations ou leur tristesse.

Elles ont souvent été très seules avec leurs questions.


L’espace thérapeutique devient alors un lieu où la femme peut enfin déposer ce qu’elle porte sans avoir peur d’être jugée, corrigée ou ramenée à une simple question hormonale.

Il ne s’agit pas de “réparer” une femme ménopausée.

Il ne s’agit pas non plus de lui demander de redevenir celle qu’elle était avant.

Il s’agit de l’accueillir là où elle en est aujourd’hui.

De remettre du lien entre le corps, les émotions, l’histoire intime et la sexualité. De comprendre ce que cette période vient déplacer intérieurement. De redonner de la légitimité à son ressenti.


Très souvent, les femmes ressentent un soulagement immense lorsqu’elles découvrent qu’elles ne sont ni “anormales”, ni “défaillantes”, ni “cassées”.

Elles traversent simplement une transformation profonde qui mérite d’être pensée, accompagnée et respectée.


La ménopause n’efface pas la femme désirante


Beaucoup de femmes craignent de devenir invisibles.

Moins féminines. Moins désirables. Moins vivantes sexuellement.

Cette peur est rarement dite aussi clairement, mais elle est très présente.

Et pourtant, cette période n’efface pas la sensualité ni la capacité à aimer, désirer ou être désirée.

Elle invite souvent à une autre manière d’habiter son corps.


Certaines femmes découvrent une sexualité plus libre, moins centrée sur l’obligation ou la performance.

D’autres apprennent pour la première fois à écouter réellement leurs besoins, leurs limites, leurs rythmes.

Parfois, cette période ouvre un chemin vers une sexualité plus consciente, plus incarnée, plus authentique.

Mais cela demande souvent de sortir de la culpabilité.

La culpabilité d’avoir changé. La culpabilité de ressentir autrement. La culpabilité de ne plus être exactement celle que l’on attendait de soi.


Se reconnaître dans ce que l’on traverse


Peut-être vous reconnaissez-vous dans certaines de ces lignes.

Dans cette sensation d’être devenue plus sensible. Dans cette fatigue difficile à expliquer. Dans ce besoin de solitude parfois. Dans cette irritabilité qui vous surprend vous-même. Dans cette sexualité devenue plus compliquée. Dans cette peur de décevoir. Dans ce sentiment de ne plus savoir exactement qui vous êtes.


Alors il est important de vous dire ceci :


Vous n’êtes pas seule. Vous n’êtes pas “moins femme”. Vous n’avez pas échoué.

Vous traversez un passage de vie profondément humain.

Et ce passage mérite d’être accompagné avec délicatesse, respect et humanité.


Être accompagnée autrement


La sexothérapie analytique permet d’ouvrir un espace où la parole peut enfin circuler librement autour du corps, du désir, du couple, de la féminité, de la culpabilité et des transformations intimes.


Un espace pour comprendre.Pour ressentir.Pour remettre du sens là où il n’y avait parfois que de la honte ou de l’inquiétude.


Parce qu’au fond, cette période ne vient pas seulement transformer le corps.


Elle vient souvent poser une question beaucoup plus profonde :


« Comment puis-je continuer à être pleinement moi-même dans ce nouveau chapitre de ma vie ? »

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