Transformation Du Corps Féminin Psychiques, Somatiques Et Transgénérationnel. Partie 1 : La puberté
- Marion Escoffier

- 11 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 janv.
Quand le corps des jeunes filles se transforme avant que les mots n’existent
Comprendre, accompagner et prévenir:
La puberté est souvent le premier grand bouleversement de la vie d’une femme. Un moment fondateur, intime, parfois déroutant. Le corps change, parfois brutalement, alors même que la jeune fille ne dispose pas toujours des mots, des repères ou du soutien nécessaires pour comprendre ce qui lui arrive.
Dans ma pratique de psychopraticienne et sexothérapeute, je rencontre de nombreuses femmes adultes qui portent encore, dans leur corps et dans leur sexualité, les traces silencieuses de cette période. Comme si quelque chose s’était inscrit trop tôt, sans accompagnement suffisant. Comme si le corps avait dû se débrouiller seul.
Quand le corps change sans mots pour le dire
À la puberté, les jeunes filles ne décrivent pas vraiment ce qu’elles vivent. Lorsqu’on leur demande comment elles vont, la réponse est souvent la même : « Ça va », « non, pas de problème ». Non pas parce que tout va bien, mais parce qu’elles ne disposent pas encore des ressources nécessaires pour mettre des mots sur ce qui les traverse.
Le corps change vite. Trop vite parfois. Et le langage, lui, n’a pas encore suivi. Il manque des mots pour dire l’étrangeté, la confusion, l’ambivalence. Il manque un vocabulaire simple, juste, respectueux, pour parler du corps, des sensations, des émotions.
Les seins apparaissent, les règles surviennent, le corps devient plus présent, parfois encombrant. Mais sans cadre sécurisant pour nommer ces transformations, la jeune fille apprend à faire « comme si de rien n’était ». Elle s’adapte. Elle se tait. Elle normalise ce qu’elle ne comprend pas encore.
Ce silence n’est pas un refus de parler. C’est souvent un manque de langage corporel et émotionnel transmis. Lorsque personne n’aide à mettre des mots sur ce qui se passe, le corps reste seul face à l’expérience.
Plus tard, en thérapie, ce sont souvent ces zones muettes qui réapparaissent. Non parce qu’elles étaient inexistantes, mais parce qu’elles n’ont jamais pu être nommées.
Le poids des silences transmis de femme à femme
La manière dont une jeune fille vit sa puberté dépend en grande partie de ce qu’elle reçoit des femmes qui l’entourent.
Les mères, les grand-mères, les figures féminines transmettent (souvent sans le vouloir) leur propre rapport au corps, aux règles, à la sexualité. Parfois avec des mots, souvent par des silences.
Certaines femmes ont grandi avec l’idée que les règles sont sales, douloureuses, honteuses. D’autres n’ont reçu aucune explication, seulement des gestes pratiques, rapides, presque gênés.
Ce qui n’a pas été nommé dans une génération se transmet souvent dans le corps de la suivante. Le corps de la jeune fille devient alors porteur d’une mémoire qui ne lui appartient pas entièrement.
Puberté et naissance de la sexualité
La puberté marque aussi l’éveil de la sexualité. Pas seulement dans les actes, mais dans les sensations, les émotions, les fantasmes.
C’est une période où le désir naissant peut être source de curiosité autant que d’angoisse. Lorsque l’éducation sexuelle est absente, moralisatrice ou uniquement centrée sur les risques, la jeune fille peut associer son désir à quelque chose de dangereux ou de coupable.
Dans ma pratique de sexothérapeute, je constate combien une sexualité adulte peut être influencée par ces premières représentations : difficulté à ressentir du plaisir, peur du corps, dissociation, douleurs sexuelles.
Ce n’est pas le corps qui pose problème. C’est l’absence de cadre sécurisant pour comprendre ce qu’il exprime.
Le corps comme langage
Chez certaines adolescentes, le corps parle là où les mots manquent.
Règles douloureuses, maux de ventre, fatigue inexpliquée, tensions corporelles… Ces manifestations ne sont pas à réduire à de simples symptômes. Elles peuvent être entendues comme des tentatives du corps pour dire quelque chose.
Lorsque la puberté est vécue dans l’isolement émotionnel, le corps peut devenir le seul espace d’expression possible.
L’importance de la prévention et de l’éducation sexuelle à l’ère du numérique
Aujourd’hui, les jeunes filles grandissent dans un contexte très différent de celui des générations précédentes. L’accès à Internet est précoce, massif, souvent sans médiation adulte. Comme les garçons, elles peuvent être exposées très tôt à des images pornographiques ou érotiques, parfois avant même d’avoir une compréhension minimale de leur propre corps.
Ces images ne sont pas neutres. Elles transmettent une vision banalisée de la sexualité, souvent déconnectée des émotions, du consentement, du rythme et du respect du corps. Le corps féminin y est fréquemment représenté comme un objet, disponible, performatif, silencieux quant à ses ressentis.
Pour une jeune fille en pleine construction psychique et corporelle, cette exposition peut créer une grande confusion. Elle peut croire que la sexualité « doit » ressembler à ce qu’elle voit, sans disposer des mots pour questionner, nuancer ou différencier fiction, fantasme et réalité.
C’est pourquoi l’éducation sexuelle ne peut plus se limiter à des informations biologiques ou à la prévention des risques. Elle doit offrir un cadre de mise en mots : parler du désir, du plaisir, du consentement, des limites, du respect de soi et de l’autre.
Il est tout aussi essentiel d’inclure les garçons dans cette éducation. Les représentations auxquelles ils sont exposés influencent profondément leur regard sur le corps féminin, la sexualité et la relation. Éduquer les garçons, c’est aussi protéger les filles.
Une éducation sexuelle incarnée, progressive et respectueuse permet de redonner une humanité à la sexualité. Elle aide les jeunes à construire une relation au corps et à l’intime qui ne soit ni banalisée ni violente, mais consciente et choisie.
La puberté est un passage fondateur. Lorsqu’il est accompagné avec présence, parole et respect, il peut devenir une base solide pour une relation apaisée au corps et à la sexualité.
Mettre des mots sur cette période, même des années plus tard, est déjà un acte thérapeutique. Pour soi. Pour les générations suivantes.
Prendre soin des jeunes filles aujourd’hui, c’est aussi réparer quelque chose du féminin transmis hier.
Article rédigé par Marion Escoffier-Moreau



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